L’expression « course à l’échalote » daterait des années trente… Pourtant, ces dernières années, l’exercice qui consiste à forcer quelqu’un à courir en le tenant par le col et le fond du pantalon, a été largement décliné pour décrire telle ou telle compétition politique. Aujourd’hui, la « course, la poursuite où l’on est contraint », selon Alain Rey (Dictionnaire des expressions et locutions), semble trouver sa meilleure application dans le quotidien de nombreuses entreprises. La crise a non seulement créé une guerre des prix, mais aussi une compétition effrénée aux meilleures « performances ».
Seulement, le terme performance est seul défini par le commanditaire. Le prix, le délai, l’exclusivité… les prestataires doivent se mettre en huit pour gagner les quelques marchés ouverts sur la place. Difficile de décliner une mission « pour hier ». Impossible de refuser « d’aligner » ses prix. Périlleux de négocier chaque terme d’un contrat déséquilibré. Résultat, les PME, lorsqu’elles travaillent, le font à flux tendus. Et la recherche de la qualité semble s’éclipser.
En revanche, l’ère de la gestion du risque est à son apogée. Les commanditaires ne sauraient en effet travailler avec des entreprises potentiellement « défaillantes »… Les départements Achats qui savent si bien négocier les prix collaborent étroitement avec ceux qui recherchent et recrutent de nouveaux prestataires, pour évaluer la capacité de résistance économique de leurs fournisseurs… La faillite de géants américains n’a pas servi de leçon. Les petites structures sont toujours perçues comme plus dangereuses que les grandes…
A qui profitera cette course à l’échalote lancée à tous les échelons de l’économie de marché ? Aux grands comptes assurément… Sauf si les PME parviennent à inverser la donne en doublant leurs grands concurrents sur les fronts de l’inventivité, de la qualité et de la souplesse. Mais aussi et surtout si, dans les chambres du pouvoir, notamment européennes, certains lobbies laissent place aux artisans et aux entrepreneurs.